3. Bienvenue [Partie 5]

Chapitre 3

Suivant son guide, Eàrànë entra dans la demeure. A l'intérieur, on était loin de la chaleur saisonnière de dehors, car les fenêtres étaient en partie couvertes. Le mobilier était à peu près semblable au sien, excepté qu'il était, comme elle s'y attendait, autrement plus luxueux. Tout n'était que sculptures et arabesques, dans le bois ou le métal. Surprenant son regard admiratif, Nessa engagea la conversation :
« Beaucoup d'inutile pour rien, n'est-ce pas ?
Eàrànë la regarda, surprise.
- Oui, continua-t-elle, c'est peut-être très joli mais c'est franchement encombrant. Que veux-tu, c'est de l'héritage.....
- Chez nous, ceux qui habitent ce genre de demeure sont généralement gros et fainéants, même s'ils étaient autrefois de grands héros, affirma Eàrànë. Aussitôt elle se demanda pourquoi elle disait ça. Voilà qu'elle se mettait à faire des sous-entendus sur la famille de la meilleure des Ramméliennes ! Pourtant, Nessa prit bien la remarque.
- Oui, je vois ce que tu veux dire, dit-elle en hochant la tête, un exploit et ils sont les rois pour le reste de leurs vies. Malheureusement, ici c'est un peu le même principe. Un exploit d'un de tes ancêtres et ton nom est honoré jusqu'à la fin des temps, même si tu deviens la pire des chiennes. Heureusement, les descendant des héros d'autrefois se sont toujours bien conduit, moi y compris, je l'espère. Bien, occupons-nous de toi, maintenant.
Elle allait mener Eàrànë à sa chambre, quand une voix retentit.
« Nessa ? Pourrais-tu venir s'il te plait ? »
Nessa prit Eàrànë par la main en lui glissant « ma grand-mère » et l'entraîna vers une porte entrebâillée, qu'elle ouvrit.
Au lieu de la chambre aux rideau tirés et à la vieille centenaire allongée, malade, sur le lit, Eàrànë découvrit une vaste pièce lumineuse, dont des bibliothèques couvraient presque tout le murs, et une femme, âgée, certes, mais qui se tenait droite et exhalait la même force naturelle que sa petite-fille. Une ancienne guerrière, assurément.
« Nessa, on m'a raconté que tu avais combattu quelqu'un sur la place, ce matin, puis-je savoir pourquoi ?
Sereinement, Nessa lui expliqua rapidement :
« Une nouvelle guerrière, du nom d'Eàrànë, est arrivé, les anciens présent ont proposé de lui faire passer une sorte de test. Et j'ai été le principal défi de ce test. D'ailleurs, cette redoutable adversaire se tient devant toi.
Ce ne fut qu'à ce moment que la grand-mère de Nessa sembla remarquer Eàrànë. Aussitôt, ses traits se détendirent, et elle se rapprocha des deux jeunes femmes. Tout en passant la main sur l'épaule d'Eàrànë, elle lui souhaita :
« Bienvenue dans notre tribu, jeune Eàrànë »
Eàrànë ne sachant que dire, se contenta d'un regard reconnaissant envers la vénérable ancienne. Nessa réussit à la sauver de cette gêne en disant à sa grand-mère qu'elles devaient se préparer pour la fête d'accueil.
C'est ainsi qu'Eàrànë découvrit la chambre de Nessa. Avec son lit rond, ses tentures, sa baignoire finement sculptée dans la pierre. Elle passèrent ainsi un très long moment à regarder quelle tenue leur irait le mieux, comment arranger au mieux leurs cheveux, quels bijoux porter, comparant l'un, essayant l'autre, comme toutes les jeunes filles de tout les mondes aiment à le faire.

# Posté le samedi 28 juin 2008 09:47

3. Bienvenue [Partie 6]

Chapitre 3

Quand elles ressortirent de la hutte blanche et bleue, on eût dit d'elles qu'elles étaient tels deux anges qui auraient pris pour un soir forme humaine. Soie miroitante, dentelle diaphane, chaînettes d'argent et d'or, tel un écrin avec pour perle le visage fin et délicat de la Guerrière au katana et de la Guerrière aux sais.
Nessa avait choisi une robe dévoilant juste ce qu'il fallait de ses courbes harmonieuses, d'un bleu-vert à l'éclat aussi doux qu'enchanteur. Sur ses cheveux reposait une couronne de petites fleurs de forêt, également bleues. Elle ne portait pratiquement pas de bijoux, préférant mettre en valeur sa beauté naturelle. Seuls deux bracelets de chevilles tintaient joliment à ses pieds.
Eàrànë, plus sensible au rose pâle, arborait une tenue très courte mais ne laissait voir sa peau que par intermittence, grâce à un jeu de tissus flottant qui la faisait encore paraître angélique. Plus sensible à l'éclat de l'or et des pierres, des bracelets de pierres roses ornaient ses mains agiles et un sublime collier d'or blanc entourait son coup de reine. Ses cheveux étaient coiffés simplement, tombant délicatement sur ses épaules avec deux petites tresses où se mêlaient des rubans de soie pourpre.
Tous les regards étaient tournés vers elles quand elles arrivèrent au bord de la place. Un grand feu avait été érigé là, ses flammes encore jeunes s'élevaient vers les cieux, comme pour embraser le ciel. Des musiciens avaient apporté tambour et lyres. La première note fut frappée. Suivie par une deuxième. Puis une autre encore. Ce fut bientôt comme si les c½urs de tout les Ramméliens battaient ensembles en cette nuit.
Eàrànë et Nessa s'échangèrent un regard. Ce soir ne ressemblerait à aucun autre. Et doucement, dans l'ombre du ciel, à demi éclairée par les hautes flammes d'une belle lumière orangée, comme pour se prouver à elle-même sa nouvelle appartenance, Eàrànë prononça à voix basse :
« Va donc, à tes beaux jours donne de belles nuits ! »

# Posté le dimanche 10 août 2008 07:17

4. Le geste, le regard, le sourire. [Partie 1]

Chapitre 4

Eàrànë fut arrachée à ses pensées par une brusque pression sur son bras. Une main délicate à la poigne ferme. Elle détourna les yeux pour voir Nessa qui commençait à la tirer avec entrain. « Viens, je vais te présenter ! » lui dit la demoiselle à la robe couleur d'un lac, dans un magnifique sourire. Tout en avançant, la brune jeta un regard d'ensemble à la fête et se rendit compte qu'il y avait tout de même un grand nombre de personnes, pour une simple fête de village... Sa compagne marchait devant elle, en lui tenant le poignet. Elle fut portée de groupes en groupes, de personnes en personnes. Les visages défilaient dans sa tête. Des rires et des voix tonnaient à ses oreilles. De rares noms la marquaient, mais elle se disait que de toute manière, elle finirait bien par connaître tout le monde. Malgré ce qui aurait pu être terriblement éprouvant et déroutant pour la plupart, la rencontre des membres de la tribu était un véritable plaisir pour la nouvelle qui adorait découvrir des gens nouveaux. Elles restaient généralement plus longtemps auprès de personnalités, et passèrent beaucoup de temps avec Heïlyanh, la femme du chef.
Heïlyanh était une belle femme, déjà assez âgée, mais malgré ses quelques rides et ses cheveux piqués de mèches blanches, elle gardait tout son charisme. Elle n'était pas vraiment une de ces femmes que tous admiraient, qui marquaient les esprits par leur beauté, mais elle avait un charme énorme, un certain exotisme. Aussi bien avait-elle une petite taille, elle n'en avait pas moins une silhouette harmonieuse, avec de vrais formes de femme. Ses cheveux étaient aussi flamboyants que le feu au centre de la place, et ses yeux évoquaient la terre meuble des champs prêts à recevoir les semences, ils étaient vifs et malicieux. Elle avait une conversation intéressante, et était très maternelle avec les deux jeunes femmes. En parlant, elle ponctuait ses phrases d'immenses sourires emplis de ses dents blanches et un peu écartées. Elle parlait beaucoup à Nessa, joignant régulièrement des sous entendus à ses phrases, entrainant une légère gène chez la douce Guerrière, ce qui faisait pétiller le regard de la matriarche d'amusement et plisser le coin de ses yeux. Eàrànë ne comprenait pas vraiment les allusions, mais elle saisit cependant qu'il était question d'un garçon. Et même si elle rougissait régulièrement, Nessa n'en perdait pas pour autant son sourire.
En parlant d'elle, Eàrànë se rendait compte que la jeune femme n'était pas du genre Guerrière obsédée par son entrainement, combattante froide, austère, antisociale. Elle riait et parlait avec un dynamisme fou, connaissait tout le monde, était connue de tout le monde, discutait de choses plus ou moins sérieuses en fonction des personnes, pouvant parler de combat avec un langage technique et passer dans la minute qui suivait à une conversation sur les parures, le maquillage et autres futilités qu'adoraient les femmes. Tous semblaient l'adorer : les hommes étaient séduits par sa beauté et sa discussion, les femmes étaient conquises par son naturel et sa douceur, les jeunes garçons l'adulaient pour ses capacités de combattante et étaient parfois même un peu amoureux, et les petites filles la voyaient comme leur grande s½ur, l'adulant pour sa grâce et sa gentillesse envers elles. En remarquant tout cela, Eàrànë se mit un peu à l'envier, voir même plus qu'un peu.

# Posté le mardi 02 septembre 2008 06:02