2. Nessa [Partie 3]

Chapitre 2.

Cependant, ce n'était qu'à l'âge réglementaire de 12 ans, comme les autres, qu'elle put véritablement commencer son entraînement de Guerrière. Si les Anciens appréciaient les enfants doués, ils restaient tout de même très à cheval sur les débuts d'éducation de leur nouvelle génération à l'avenir prometteur. Comme on pouvait s'y attendre, elle devint rapidement la fierté de ses professeurs, même si la dompter se révélait souvent difficile voire parfois impossible. Même l'Ancienne qui enseignait l'histoire de leur civilisation, réputée comme la pire carne de la tribu, avait finit pas abandonner...
Telle une plante qui fleurit aux lueurs du printemps, la petite enfant aux joues roses s'était ainsi transformée en une adolescente rebelle, puis en magnifique jeune femme, propre à honorer sa glorieuse tribu.
Aux yeux de certains, elle était d'ailleurs l'image même de la forte tête, capricieuse, rancunière, jamais contente, et d'autres délicieux traits tels que l'égocentrisme, le narcissisme, avec une forte dose d'insolence. Ce qui n'était pas tout a fait vrai. On eût plutôt dit qu'elle avait une âme de rebelle, qu'elle savait ce qu'elle voulait quitte à tout jouer pour l'obtenir, qu'elle avait une mémoire un peu trop active, qu'elle aimait dominer les débats, et qu'elle était une de ces rares personnes qui reconnaissent tout haut penser aussi à eux plutôt que le dissimuler derrière des mots creux. Elle avait tendance à sortir de la norme, ce qui, même dans le bon sens, est toujours modérément accepté par un groupe. Ces traits la rendaient « populaire » : en bien ou en mal, tout le monde avait au moins entendu parler d'elle, que ce soit comme élève brillante, amie, jeune femme farouche, héroïne de moult ragots de ces demoiselles superficielles et histoires plus ou moins glorieuses qui circulaient chez les plus jeunes, pour qui elle était un peu la grande s½ur rêvée. Si ceux-ci l'avaient vue ne serait-ce qu'une fois dans un éclat de haine ou simplement remontée contre quelqu'un, on eût été obligé de changer leurs bas. Cependant, son ardeur dans la haine quand elle détestait quelqu'un égalait l'ardeur de l'amour qu'elle portait pour ceux qui lui étaient proches, que ce soit sa famille ou ses frères et soeurs d'arme.
Passionnée, sauvage, déterminée, rebelle. Telle était Nessa. Telle allait être l'adversaire d'Eàrànë. Et celle-ci sentait à juste titre que son adversaire n'était pas à sous-estimer...

# Posté le samedi 08 mars 2008 08:56

3. Bienvenue [Partie 1]

Chapitre 3.

Les deux combattantes se toisèrent, puis se saluèrent. Aussitôt les Ramméliens s'écartèrent pour laisser une distance de vingt pas autour du duel. Tous avaient les yeux rivés sur les deux duettistes. Elles semblaient proches, ne serait-ce que par leur extrême beauté et leur longue crinière brune, mais on les sentait opposées. L'une nouvelle, l'autre ayant déjà fait ses preuves. L'une douce et charmeuse, l'autre fière et rebelle. L'une au sais, l'autre au katana. Simultanément, elle dégainèrent leurs lames et se mirent en garde. S'affrontant du regard, elles se tournèrent autour, chacune essayant de deviner à quoi pensait l'autre, déduire ses mouvements.
Eàrànë se précipita sur Nessa, qui para son estocade avec aisance, puis la repoussa. Elles s'écartèrent à nouveau, se jaugeant encore telles deux fauves. Eàrànë retenta de démarrer le combat. Nessa fit levier de son sabre et neutralisa vite l'assaut. La guerrière aux sais commença à grogner. Le combat n'aurait pas commencé tant que la descendante d'Abyr ne l'aurait pas décidé.
Eàrànë fit tournoyer ses sais entre ses mains à une vitesse vertigineuse tandis que Nessa se tenait prête à riposter dès que son adversaire aurait lancé l'offensive. Soudain, Eàrànë tenta de porter un coup de sa main droite, visant le ventre de Nessa. Celle-ci para l'assaut du mieux qu'elle put, mais Eàrànë frappa de nouveau de son autre main. En situation de difficulté, Nessa parvint pourtant à écarter la lame de sa peau. Prenant mieux compte des aptitudes de sa rivale, elle modifia sa tactique et fendit l'air de son sabre en direction de ses jambes. Pour se défendre ladite rivale dût se pencher en avant ce qui offrit à Nessa une ouverture sur les épaules. Une entaille sur la clavicule d'Eàrànë fut le premier coup sévère assené. Malgré la douleur, cette dernière se redressa et accéléra encore le mouvement. Agissant cette fois des deux mains, elle traça de grands 8 dans l'air en se rapprochant progressivement de Nessa qui, plaçant son katana à l'horizontale, parvint à stopper l'élan que la guerrière aux sais avait accumulé. Prise au dépourvu, Eàrànë enchaîna à toute vitesse et retourna le katana de son ennemie, puis profitant du fait qu'elle s'était rapprochée, lui lança un coup de pied au ventre. Le souffle coupé, Nessa tomba à terre, et se releva une seconde plus tard en sautant sur ses pieds, une lueur dans l'oeil plus furieuse que le feu et plus violente que la tempête. Si Eàrànë était impressionnée, elle n'en laissa rien paraître. Le combat reprit, encore plus acharné, puis ce fut à Nessa d'envoyer sa rivale mordre la poussière. Elle en profita pour reprendre son souffle, le temps que l'autre se relève. Cette novice ne l'était apparemment pas tant que ça, et elle se débrouillait même plutôt bien. Non, inutile de se voiler la face, elle était extrêmement douée, et Nessa donnait bel et bien le maximum d'elle-même dans cet affrontement. Eàrànë était de nouveau prête à combattre. De nouveau le fer battit le fer et la chair battit la chair. Quelques gouttes de sang commençaient à colorer le sable de la place centrale, même si aucune blessure mortelle n'avait encore été infligée. Les antagonistes entamaient à présent un ballet mortel, passionnément violent et violemment passionné. Nul à présent ne pouvait dire qui était qui parmi les deux formes virevoltantes. De temps à autre, le bruit d'une déchirure se faisait entendre, mais en ne ralentissant jamais les deux furies. Pour elles, c'était à présent un duel à mort. Peu à peu, Nessa sentit un délicieux sentiment la gagner. Elle avait l'impression qu'elle n'avait rien à faire, que c'était son corps et non son esprit qui dirigeait ses mouvements. Ce sentiment se transforma en ivresse, et l'ivresse en transe. Elle se sentait invincible.
De son coté, Eàrànë continuait à se battre avec frénésie, accélérant encore. Elle commençait vraiment à peiner. Cette Nessa était-elle donc infatigable ? Elle savait que si elle décidait de s'arrêter, elle mourrait aussitôt. Si elle voulait arrêter l'affrontement, elle devrait ralentir peu à peu. Mais en avait-elle vraiment envie ?

# Posté le dimanche 16 mars 2008 06:37

Modifié le samedi 12 avril 2008 17:24

3. Bienvenue [Partie 2]

Chapitre 3.

Les Ramméliens, loin d'être lassés par la longueur du duel, était pendus aux gestes de Nessa et Eàrànë. Tous se posaient bien sûr la même question... Laquelle allait l'emporter ? Si Eàrànë gagnait, presque tout l'honneur et la réputation de Nessa voleraient en éclat... Mais si Nessa gagnait, que se passerait-il pour Eàrànë ? Serait-elle tout de même acceptée ? On l'avait confrontée à la meilleure, c'était sûrement placer la barre un peu haut...
Eàrànë commençait à peiner. La descendante d'Abyr était une redoutable adversaire, sans aucun doute, mais elle semblait aussi infatigable. Grâce à ses sais, elle l'avait touché sous la poitrine et à la hanche. Quand à elle, son sang coulait de son épaule gauche, mais aussi de son bras droit et de son mollet. Ne sentant que faiblement la douleur, elle évita de tomber à terre de peur de tomber sur le sable et le sel. Sentant un regain d'énergie, elle cessa de miser sur la précision et frappa plus fort. Ses coups tombèrent comme une pluie de rocher sur le corps de Nessa, qui, encore une fois, les esquiva presque tous. Pendant que son épaule crachait le sang, elle fit quelques pas en arrière, pour prendre en même temps un peu de recul sur la situation. Eàrànë était douée, très douée même, mais question endurance elle savait que l'autre était invincible. Eàrànë serait bientôt trop épuisée pour continuer, pas Nessa. Celle-ci, adoptant la technique de la Guerrière aux Sais elle fit tournoyer son sabre à une vitesse folle dans toute les direction dans un mouvement respirant la grâce et l'habileté. Eàrànë la regarda faire avec, oui, c'était bel et bien ça, l'air de s'ennuyer. Elle s'ennuyait ? Elle allait être servie...
EEàrànë se remit en marche, heureuse que sa tactique ait marché. Les jongleries de Nessa n'étaient qu'une excuse pour se reposer, et ce n'était qu'en la piquant au vif que la jeune fille lui donna envie de redémarrer. Presque aussitôt, elle regretta d'avoir joué avec le feu, car elle devait maintenant se démener pour résister à la tempête de poussière qu'elle devait vaincre. La valse avec la mort redevint irréelle et nébuleuse. On n'y voyait qu'une grande créature de force et de fer qui dansait avec rage au milieu d'un énorme nuage de terre sèche et de sable fin.
Et soudain, tout s'arrêta. La poussière retomba petit à petit pour dévoiler les deux combattantes. L'une, des sais autour de la gorge, prêts à trancher. L'autre, la lame d'un katana dirigé vers le c½ur. Toutes deux étaient immobiles, à attendre. Le regard défiant, la peau rouge et brûlante, leurs cheveux poisseux de sang et de sueur, elles étaient à bout de forces. Nessa sentait qu'elle avait sous ses yeux une guerrière manquant d'entraînement, mais qui deviendrait vite redoutable. Elle n'avait pas intérêt à s'en faire une ennemie, car la prochaine fois qu'elles se battraient, elles allaient être de même niveau. Et nul ne pouvait dire quelle serait l'issue d'un deuxième affrontement.
Eàrànë reprit son souffle. Son adversaire tenait du démon dans ses mouvements. Plus que de la rage, Eàrànë ressentait une intense frustration. Presque chacun de ses coups avait été paré avec aisance, quelques rares avec difficultés, et de rarissimes avaient porté.
Quand Nessa releva son sabre pour continuer le combat, la vieille Rammélienne qui avait lancé le combat leva la main et s'avança :
« Suffit, Nessa ! Vous êtes toute deux de la même force, n'allez pas vous entretuer. »

# Posté le lundi 28 avril 2008 12:10

3. Bienvenue [Partie 3]

Chapitre 3.

Les deux jeunes femmes se redressèrent, et rengainèrent. Pas de salut, pas de poignée de main, car le moindre effort superflu était à exclure.
Eàrànë avait l'esprit rempli de brume, elle ne se sentait plus marcher. A travers le rideau blanc qui voilait son regard, elle vit défiler sous ses pieds le chemin de sa hutte personnelle. Des gens sans visage la plongèrent dans une grande baignoire remplie d'eau chauffée, puis on la frictionna avec de la pierre à savon. Après cette longue toilette, on la coucha dans son lit avec des couvertures en fourrures.
Eàrànë se remit en marche, heureuse que sa tactique ait marché. Les jongleries de Nessa n'étaient qu'une excuse pour se reposer, et ce n'était qu'en la piquant au vif que la jeune fille lui donna envie de redémarrer. Presque aussitôt, elle regretta d'avoir joué avec le feu, car elle devait maintenant se démener pour résister à la tempête de poussière qu'elle devait vaincre. La valse avec la mort redevint irréelle et nébuleuse. On n'y voyait qu'une grande créature de force et de fer qui dansait avec rage au milieu d'un énorme nuage de terre sèche et de sable fin.
Ses rêves furent remplis de sang, de guerres, de faces en putréfaction. Etrangement, elle ne tomba pas dans les affres du cauchemar et dormit paisiblement.
Quand elle se réveilla, le soleil déclinait doucement dans le lointain. « J'ai donc passé la journée au lit » se dit-elle, en sachant que ce serait bientôt un luxe auquel elle devrait renoncer pour son éducation. L'eau de sa baignoire ayant été changée, elle prit un nouveau bain, glacé cette fois, qui la fit délicieusement frissonner. Elle se laissa glisser doucement la tête dans l'eau et savoura la sensation de ses cheveux satinés sur sa peau blanche. Comme il était bon de s'enfoncer dans l'eau...Oublier, s'oublier...Se laisser dériver... S'arrachant à sa léthargie, elle sortit soudainement de l'eau, son visage frais gouttant doucement sur sa poitrine. Puis elle sortit de sa baignoire avec la grâce habituelle des jeunes fleurs, secoua un peu sa crinière, traversa l'unique pièce de la hutte, marcha jusqu'à son grand miroir et se trouva belle. Elle enfila ensuite une tenue de rechange en cuir et sortit.
Pour la première fois depuis son arrivée, elle eu tout à loisir d'examiner sa nouvelle tribu. Celle-ci était organisée comme un soleil : un centre étincelant et des rayons. Ici, le centre étincelant était la grande place centrale, avec autour les principaux bâtiment : la hutte du chef, celle du Grand Chaman, les bains publics et les cinq huttes des cinq plus grandes familles qui avaient marqué l'histoire des Ramméliens, et de Xylenë. On lui avait appris que dans la tribu, c'était la récompense suprême pour soi et sa famille, encore plus que d'être fait chef. Car si « chef » durait une vie, une hutte sur la grande place faisait entrer la famille dans la postérité pour au moins douze générations. Tout cela, elle avait pu le voir à son arrivée, mais maintenant elle allait s'aventurer dans les ruelles du village. Elle put ainsi admirer les terrains de sables, les rangées de tir, ainsi que les manèges pour les tyvenns, les quelques fermes et autre écuries. Le tout s'étendait sur environ un quart d'horizon à la ronde.
Soudain, quelque chose attira son attention : les rues étaient presque désertes, sans même un rat. Interloquée, elle accéléra le pas vers la place centrale. Quand elle fut arrivée, elle eut l'impression d'avoir pénétré dans une fourmilière un jour de canicule.

# Posté le jeudi 01 mai 2008 05:51

Modifié le mercredi 11 juin 2008 08:36

3. Bienvenue [Partie 4]

Chapitre 3.

Les gens couraient dans tout les sens, se bousculant parfois, mais ils étaient trop pressés pour s'excuser ou s'insulter. Chacun s'affairait à une tâche quelconque, en y mettant tant d'ardeur pour certains que leur doigt allaient être rouges pour plusieurs lunes. Quand elle se pencha quelque peu sur le travail, elle s'aperçut qu'une fête semblait se préparer. En effet, la plupart des hommes et femmes qui détalaient comme s'ils avaient une mazoar aux trousses étaient autant de cuisiniers et de matrones fines gastronomes. Cà et là, on coupait du bois, sans doute pour le feu ou les fours ; ici, on ramenait des sièges et des bancs.
Elle aperçut Hégié qui, derrière une table, semblait être le centre des directives. Elle alla vers lui et attendit qu'il relève la tête pour qu'il la renseigne :
« Que se passe-t-il ici, Do'Hégié ? »
Le vieil homme lui sourit paternellement.
« Eh bien ton arrivée est un évènement plus qu'exceptionnel, surtout après ce duel qui l'était tout autant, nous nous devons de le célébrer en bonne et due forme. »
Eàrànë se sentit flattée. Une fête, rien que pour l'honorer, pour lui rendre hommage ! Ses joues s'empourprèrent de fierté, mais cela passa pour de l'embarras.
« Allons, reprends-toi jeune fille ! s'exclama –t-il, souriant. Une soirée telle que celle-ci te fera du bien avant de commencer ton entraînement, et nos jeunes apprentis auront eux aussi besoin de chasser un peu la pression. »
Eàrànë sentit son c½ur se soulever. Cette célébration allait marquer son entrée définitive dans la tribu. Un proverbe de sa ville natale lui revint en tête « Va donc, à tes beaux jours donne de belles nuits ! ».
A ce moment, Hégié s'exclama : « Ah mais qui voilà ! ». Soudain, elle se retourna et vit quelqu'un arriver. Elle n'eut cependant pas besoin de se fier à ce frisson qui lui parcourait la nuque pour reconnaître Nessa. Elle semblait vraiment différente à cet instant. Ses cheveux étaient coiffés, elle avait revêtu des vêtements plus confortables et, détail notable, elle souriait. Elle se dirigea vers eux, toujours tranquille et sereine, d'un pas à la fois léger et félin, quand Eàrànë devenait plus stressée et mal à l'aise. Hégié se tourna vers elle :
« Nessa ! Tu tombes bien, j'allais envoyer quelqu'un te chercher.
- Et bien, je suis là, répondit-elle avec un regard pétillant.
- Bien, dit-il avant de se tourner vers Eàrànë. Maintenant, Eàrànë, hum...As-tu une tenue de soirée ? »
Eàrànë, ne voyant pas vraiment où était la limite pour Hégié entre une tenue normale ou de soirée, et quelles étaient le genre de tenues l'on portait durant les fêtes dans cette petite tribu, entre grande cité et village guerrier la différence est parfois importante, elle préféra ne répondre que vaguement.
« Eh bien, je ne suis pas trop sûre, parce que...
- Qu'à cela ne tienne !, la coupa-t-il. Nessa, voudrais-tu bien lui prêter quelque chose à toi pour ce soir ?
- Entendu, Do'Hégié » répondit la dite Nessa avec assurance.
Aussitôt, elle prit Eàrànë par la main et lui lança un « suis-moi ! » enjoué dans un grand sourire. Malgré tout, même si l'intention était louable, Eàrànë trouvait que la manière dont Hégié s'assurait de ses rapports avec les guerriers de son âge manquait cruellement de subtilité. Elle suivit donc Nessa jusqu'à la hutte blanche et bleue qui se dressait sur la place, à l'opposé de là où ils avaient discutés quelques instant plus tôt. La porte était ouvragée et représentait deux sabres semblables à celui de Nessa croisés et décorés d'entrelacements végétaux.

# Posté le mercredi 11 juin 2008 08:41